• Et il y eu bien sûr les autres sketches, vengeurs, dénonciateurs, d’un Fernand Raynaud devenu corrosif… Ce qui était bien dans le ton des années 68.

    Le sketch du douanier-qui-n’est-pas-un-imbécile n’avait rien à voir avec une réponse vengeresse à l’un de ces passages de douane un peu trop zélé dont étaient coutumiers Fernand et Jean… L’affaire est plus compliquée. Fernand était en voiture, accompagné de Schoubert et du comédien Michel Vocoret. Et, comme cela arrivait souvent, un automobiliste qui doublait reconnut Fernand Raynaud au volant. Commença un harcèlement à coup de grimaces et de pitreries, qui dégénéra en «si-tu-me-doubles-je-te-redoubles », qui dura pendant des kilomètres. Jusqu’à l’inévitable petite friction de pare-choc à un feu rouge! Coupant court à toute discussion, Fernand Raynaud, irrité, redémarra, plantant là son « admirateur».

    Un procès s’ensuivit… Les témoins étant le « musicien », le « comédien », et, dans le box des accusés: le « grand comique » du moment, cela eut un effet médiatique attirant immédiatement le public et la presse . Ce ne fut probablement pas en faveur de l‘accusé. Le juge, excédé de cet afflux aussi inattendu que démesuré dans la salle d’audience, perdra patience et lancera: « Nous ne sommes pas ici au spectacle! »

    Fernand Raynaud sera condamné.

    L’automobiliste était douanier… Succédant au sketch du « douanier », un autre sketch vengeur verra la jour… Cette fois-ci Fernand Raynaud règlera ses comptes avec la justice dans « Le président ».

    Après la mort accidentelle de Fernand Raynaud, sur la route de Clermont-Ferrand le 28 septembre 1973, Schoubert dira, « Il n‘aurait pas vécu vieux, je crois. Il était trop angoissé…» On sait en effet, combien ce mal n’épargne pas les grands humoristes...

    Pierre Perret écrira à l’attention de Schoubert « Tu as partagé ses triomphes et assuré sa perpétuelle angoisse de se ramasser »


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  • Fernand Raynaud, au temps où il venait souvent à Paris, trouvait pratique de venir répéter chez les parents de Schoubert, au 53, rue Lepic non loin de ce qui s’appelait alors le théâtre Maubel, rue de l’Armée d’Orient, où l’on présentait alors des opéras et des ballets.

    Si ce lieu s’appelle aujourd’hui Théâtre Galabru, il a bien failli s’appeler, à cette époque, Théâtre Fernand Raynaud… En effet, celui-ci voulait l’acheter…

    Schoubert, comme beaucoup de Montmartrois de l‘après guerre, croisa les seigneurs de la pègre du quartier Montmartre-Pigalle. Au 53, rue Lepic, il y avait ce restaurant où, une fois par mois débarquaient pour y faire un repas « familial », les grands gangsters qui avaient pour nom Pierre Loutrel -l’authentique Pierrot le Fou du gang des tractions- Émile Buisson, et aussi Jo Attia, qui trempa dans l’affaire Ben Barka. Jo Attia sera propriétaire du Gavroche, rue Joseph de Maistre et rachètera à Monique Morelli son cabaret de la rue du Chevalier de la Barre. Monique est un personnage qui comptera dans la vie de Jean Schoubert… et pour cause!

    Ce soir-là, Monique Morelli chantait Aragon au Théâtre Récamier à Saint-Germain-des-prés et Schoubert devait l’accompagner au piano. Attendu rue du Chevalier de la Barre, Schoubert était encore à Lille. Il avait manqué son train et il n’y en avait pas d’autres. Il trouva bien un taxi mais il ne put le mener qu’à mi-chemin… Largué en pleine campagne, Schoubert parvint à arrêter un livreur de charbon qui le fit monter à l’arrière. Après cinq heures de route, il arriva enfin, plus noir qu’un mineur de fonds, chez Monique Morelli. C’est là qu’il rencontra la chanteuse Colette Avril.

    L’ange espiègle, sous les traits de Cupidon cette fois, aura été ému devant ce prince charmant pas comme les autres. Colette Avril, épousera Jean Schoubert quelques temps plus tard en plein dans les bouleversements de 68.

    Schoubert y militera d’ailleurs à l’École de Médecine de la Sorbonne en compagnie de Maurice Fanon.

                                       

                                              Jean Schoubert et Colette Avril au Café de la Butte (photo Kirsti Aasbø)


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                    Jean Schoubert et Maurice Fanon

     

    Les inconditionnels de Maurice Fanon, sur scène, se rappellent encore, ce dernier encourageant son pianiste d’un « Va, mon Schoubert! » pensant peut-être qu’il s’agissait là d’un comparatif flatteur, sinon impertinent, avec le génial compositeur de la « Truite »

    Mais ce soir de décembre, à Asnières, où ils étaient attendus, pas de Fanon, pas de Schoubert!

    Elyette, les vit débarquer dans son bar « Au Rêve », rue Caulaincourt, avant le spectacle. Histoire de tuer le trac, les verres défilaient. Schoubert inquiet regardait la pendule: « Il faut y aller, Maurice! ». Mais Maurice devait avoir un très gros trac ce soir-là: « Encore un coup pour la route! » Le temps passait… Schoubert désespérait… Il ne parvenait pas à décider Fanon: « Cette fois, il faut vraiment y aller, Maurice! ».

    Ca devint urgent… Puis hyper-urgent…

    « On devrait déjà y être, Maurice! ». Maurice avait fini par oublier son trac, il avait même oublié qu’il avait un spectacle… Ils n’arrivèrent jamais! Ils restèrent chez Elyette, qui les vira quand la pendule incrustée de nacre indiqua , l’heure de la fermeture!

    A Asnières, il fallut rembourser les places…


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     Un soir "Au Rêve": Jean Schoubert, Nawel Sabri, Didier Prat, Colette Avril

    Des partenaires, des anecdotes, il y en a dans la vie de Jean Schoubert! On n’a pas encore cité Barbara, Ricet Barrier, Guy Béart, Romain Bouteille, Bob Christian, Datzu, Pierre Doris, Jean Ferrat, Serge Gainsbourg, Bernard Haller, Bobby Lapointe, Pierre Louki, Colette Magny, Georges Moustaki, Catherine Sauvage, Anne Sylvestre, Henri Tachan, Pierre Vassiliù…

    La musique est à tout le monde, Schoubert joue aussi pour les prisonniers de Fleury-Mérogis.

    Jean Schoubert a fait un livre sur Fernand Raynaud*. Pierre Perret, qui l’a préfacé, a écrit: «Ami Schoubert, tu es le revers d’une médaille d’or étincelante… ».

    L’auteur des « jolies colonies de vacances » et de « Lili » a ainsi par cette très belle formule clairement exprimé toute la valeur de ces artistes dits « de l’ombre », travaillant à mettre les autres en lumière. Un revers, une face cachée fait du même or, et qui s’est donné comme mission de faire briller l‘autre face. Bien joué, mon Schoubert!

                                                                                             Eric Boldron

    * Fernand Raynaud par Jean Schoubert, éditions Flammarion.

                

             


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                     Eric Boldron

     

     

    (Article paru dans Paris-Montmartre n°13-67 juin 2007)

     

     

    La première grande restauration du très cinématographique manège du square Louise Michel, dont les tableaux vénitiens, constamment exposés aux intempéries et -pis encore - aux rayons solaires, étaient menacés, vient d’être menée de main de maître par le décorateur, peintre et illustrateur Éric Boldron.

    S’il existe une vingtaine de manèges de ce type en France, deux seulement atteignent cette qualité de décoration. Et il, est le seul doté d’un plancher avec bancs et lampadaires. On peut donc affirmer qu’il s’agit d’un manège unique, qui nécessite un entretien rigoureux, ne serait-ce que pour le changement de ses lampes et ampoules: il en possède 2000!

    Reconstitution particulièrement fidèle des manèges du XVIIIe siècle, réalisé à la main par des artisans français, il est apparu dans de nombreux films mais c’est bien sûr le fabuleux destin d’Amélie Poulain qui a fait de lui une star montmartroise incontestable, charmant premier plan coloré au pied de la basilique, d’où s’égrènent les mélodies parisiennes mythiques.

    Il fait 16 mètres de diamètre au sol et 10 mètres de haut. C’est un manège à double étage de 70 places avec, surtout ces chevaux à hampes dits chevaux « sauteurs », qui sont la figure ancestrale du genre. Tout en haut, le lambrequin extérieur est illustré de paysages vénitiens, tandis que le dessous du chapiteau représente des paysages et scènes galantes dans l’esprit de l’école vénitienne du XVIIIe siècle. Les deux étages sont séparés par des médaillons décoratifs: en tout, c’est une cinquantaine de tableaux qui orne le manège, dont chacun vient d’être entièrement restauré par Éric Boldron, peintre de fresques, auteur de décors, spécialiste de l’art forain… que nos lecteurs connaissent bien puisqu’il illustre régulièrement la Rubrique Chansonnière de Paris-Montmartre.

    Lounis, le responsable, est ravi du résultat, et lorsqu’on lui demande si son cher manège n’est destiné qu’aux enfants, il s’exclame:

    « Pas seulement! Il y a aussi les parents qui veulent accompagner leurs petits et partager avec eux ce moment. Mais nous y recevons aussi beaucoup d’adultes de tous âges, sans enfants, ainsi que de nombreux touristes, souvent des amoureux… Leur préférence va presque toujours aux chevaux!

    « Tournez, tournez, bons chevaux de bois

    Tournez cent tours, tournez mille tours

    Tournez souvent et tournez toujours… » (Paul Verlaine)

    Éric Boldron a créé de nombreux décors et fresques. A Montmartre, son village, il a réalisé les décors d’établissements tels que le Café de la Butte, Au Rêve, Les Copains d’abord, Ô Beau b’Art, Il a réalisé des décors de fête pour la foire du Trône, la Fête à Neu-Neu. Il est le concepteur du Manège impressionniste de la gare Montparnasse, ainsi que des superbes stands de la place d’Anvers évoquant le vieux Montmartre à la Belle Époque, qui ont malheureusement étés retirés après le réaménagement du boulevard.

                                                                                      Jean-Manuel Gabert

     

     

    Remerciements à Linda Altor, trop peu citée, qui avec son atelier, a collaboré à un grand nombre de ces décors, (voir les liens ci-contre)

    Le manège d'Amélie Poulain s'est refait une beauté (par Jean-Manuel Gabert)

     Linda Altor

     

     

     


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